CRITIQUE DE JEAN-PIERRE MARTINEZ

"Les Autres" sont déjà parmi nous. Chez nous. Dans notre famille. Voire aussi en nous-mêmes. L'autre, c'est bien sûr l'étranger. Mais c'est aussi le différent : l'homosexuel, le communiste, le juif. L'autre, c'est l'inconnu. Ce qu'on ne maîtrise pas, jusque dans son propre inconscient. L'autre pour l'homme, c'est donc aussi la femme. Ou l'enfant. Tout ce qui n'est pas soi. Quant à tuer en nous la part de l'autre, c'est se tuer soi-même; 

Les quatre saynètes constituant la pièce de Grumberg abordent avec un humour cruel un thème éternel, dont le racisme n'est qu'une des nombreuses facettes. Aujourd'hui comme hier, la haine de l'autre, c'est toujours la haine de soi. L'inteprétation généreuse des neuf comédiens nous fait entrevoir leur souffrance et leur désespoir; On aurait aimé cependant, que Grunberg ne nous dépeigne pas ces "ennemis de l'autre" comme des "autres" absolus, des épouvantails qui finalement nous rassurent tant ils sont différents de nous. Son propos eût été sans doute encore plus fort si, en donnant un peu plus d'humanité à ces "salauds" (racistes, homophobes, antisémites...) il avait souligné davantage la part d'intolérance qui sommeille en chacun de nous. Le ventre est toujours fécond d'où a surgi la bête immonde. Et ce ventre est aussi le nôtre. Une pièce toujours d'actualité.